Carnet de voyage

Inde 2015

Inde
Février / Mars 2015

« Pour bien aimer un pays, il faut le boire, le manger et l’entendre chanter » Michel Déon

Une autre galaxie..

J’en ai rêvé, elle m’a longtemps intriguée, mais aussi inquiétée.. oui, je l’ai redoutée et puis j’ai décidé de me lancer ! Deux mois et demi à travers le Tamil Nadu et du Kerala. Avec ce luxe ultime : pouvoir y prendre mon temps. Observer, déguster, déambuler, m’énerver, rigoler, halluciner, savourer, partager, galérer, patienter .. Ici, tout est décuplé. L’Inde est à elle seule une autre vie.. Une autre vision de la vie.

Un gros coup de voyage et d’ailleurs, de rencontres et de dépaysement, j’ai voulu aller voir là bas si j’en étais capable mais surtout voir avec quel coeur j’y allais. Ton coeur, il en prendra un bon coup quand ces enfants rampant sur le sol, t’imploreront de leur donner quelque(s) chose(s), quand tu regarderas ces corps allongés à même le sol en plein milieu de la rue, te demandant simplement s’ils sont encore vivants.. Mais malheureusement je n’ai pas de super pouvoirs pour sauver l’humanité.. Wonder Woman n’est pas encore entrée dans ce corps ! Alors ton coeur, parfois il devra être bien accroché !

À la fois fascinante et épuisante. Passionnante et parfois déconcertante. Pouvant te faire passer du rêve et l’énervement en une fraction de seconde. Elle a cette capacité de ne laisser personne indifférent. Les indiens du sud m’auront paru doux et accueillants. Pudiques et mystérieux. Avec une pointe d’extravagance et un brin d’élégance.

A mon arrivée, une déconnexion de mon petit cerveau français aura été nécessaire. Oublier ses codes, ses habitudes : OFF ! « Oh maman, si tu m’avais vu, tu te serais fâchée » ! En revenant, une remise au goût du jour, ne sera pas non plus inutile : ON ! « Oh maman, en me voyant, tu vas te fâcher ! »
Des à présent, Il ne faudra surtout ne plus croire que JE SUIS l’arrêt de bus et qu’en levant une main, un pouce, un orteil ou d’un regard je pourrais faire arrêter le bus où je veux, quand je veux ! Ne plus espérer manger pour 0,80€, m’attendre à être servie sur une feuille de bananier et commencer à manger avec les mains ! Ne pas sourire aux gens sans raison apparente. Ne pas chercher la vendeuse de papaye en sortant de chez moi. Réapprendre à marcher SUR le trottoir. Et surtout, arrêter de négocier tout et n’importe quoi pour une poignée de centimes !

Des scènes surréalistes aux petits moments du quotidien, ici, tout assaille, tout surprend, tout ravit, tout dégoûte, tout n’est que confusion, bruits, odeurs, foule omniprésente, épices, couleurs, extrême misère et extrême splendeur, montagne de détritus, temples d’une beauté à en couper le souffle, mendiants décharnés et femmes aux allures de princesses dans leurs saris flamboyants.

Elle n’est pas parfaite, et loin de là. Elle e a bien des défauts, et c’est un fait.
Mais une foule de souvenirs.. Noyés dans une masse d’images inoubliables.
Quelques bribes de « Mon Inde à moi » :

Pépita » de Kovalam…
Une petite dame remplie d’énergie et de chaleur. Du genre unique et mythique ! Surprenante quand avec cette fierté non dissimulée, m’aura fait visiter son poulailler en guise de cadeau d’anniversaire ! Mais aussi attachante, dans ces au revoir remplis d’émotion et de sincérité. Qui dans cette Inde pudique, où les démonstrations d’affection sont quasi inexistantes, me prit dans ces bras en me remerciant à la fin de mon séjour. Le genre de rencontre éphémère, qui laisse un souvenir d’échange et de partage en toute simplicité. Dans ces moments là, sur cette planète où tout file à mille à l’heure, c’est le genre de rencontre qui vous réchauffe le cœur.

Attention, sauve qui pique ! » Ou le royaume de l’épice…
Celle qui pique la langue, te met la petite larmichette à l’œil et la goutte au nez tellement elle est puissante. Surprenant ?

« गुड मॉनर्ग « Madame » तुम कै से हो »
La petite touche de classe dans tout cet océan d’incompréhension ! L’International « Madame » vit ici aussi..

Ce dodelinement de la tête..
Ce petit mouvement dansant de gauche à droite qui veut à peu près tout dire.. « Ok, pas de problème », « Comment vas tu aujourd’hui ? la vie est belle ! » en passant par « Oui oui, c’est bien par ici ». Honnêtement, au départ, la seule chose qui traversa ton esprit : « Mais pourquoi, ils disent non à tout dans ce pays ??!! » Puis au file des jours, saperlipopette, tu saisis enfin ! Essayant de faire la même chose, tu es totalement ridicule ! Tu tentes même de le faire en marchant et éviteras la chute de justesse ! C’est technique finalement ! Ce grand spectacle sous les regards amusé des indiens..

Agra et son Taj !
Vraiment utile d’en rajouter ?! PUISSANT !

La commande de l’impossible à Tanjore ! Ou pourquoi écouter ta commande ?!
Une Lulu sereine : « Bonjour Pépito, je souhaiterais manger trois chapatis s’il te plait »
Pépito : « Pas de problème Madame » En dodelinant la tête..
Résultat : Du riz et des lentilles !
Une Lulu moins sereine : « Merci Pépito, je suis comblée ! »

NE-GO-CIA-TION ! Ou l’inflation Indienne..
Rude au pays de Gandhi !

Rameswaram et cette effervescence surréaliste ! Ou « Le Mini Varanasi » ..
Sans aucun doute le moment le plus dépaysant dans ce périple indien. Celui qui te confirme que là (Si tu en doutais encore), tu es bel et bien dans une autre galaxie ! A des années lumières de ton train train Parisien ! Au petit matin, quand le jour est à peine levé.. Cette scène de trans total, où tous ces gens s’agglutinent les uns sur les autres, qui se marchent dessus au pied d’un temple. Le but de « l’opération » : Etre purifié. Et pour cela, tout ce petit monde fort agité entrera dans le temple pour se prendre exactement Vingt-deux sauts d’eau sur la tête, le tout en marmonnant des prières. Assez mystique mais tellement puissant ! Terminant leur pèlerinage, cent mètres plus loin, dans la mer entièrement habillé. Il faut avouer qu’agenouillé dans ce petit coin, les yeux grands ouverts, j’ai totalement halluciné ! Rajouté à tout ça, des vaches qui mangent des bananes et là on atteint le surréalisme total ! Me retrouvant au beau milieu de cette scène, des femmes se sont approchées de moi. Hésitantes, m’observant sans oser m’approcher. Et puis d’un coup fermement décidées à regarder de plus près la couleur de ma peau, qui il faut avouer les intrigue tant ! Oui, elle est si blanche pour elles (Et pourtant au top de mon bronzages les Pépitas, si vous saviez). Venant me parler et me questionnant, ce moment irréel atteindra son apogée quand elles se mettront à me toucher les bras, les cheveux et à me regarder dans les yeux.. comme si tout cela n’était pas réel, comme si finalement je n’étais peut être qu’un simple mirage ou produit de leur imagination Bollywoodienne ! Totalement déroutant…

Les « Pépitos » de Trichy !
Entre la visite guidée du supermarché, la demande en mariage et l’apprentissage pour manger « à l’indienne », cette journée se sera révélé e pleine de surprises :

*Pépito, le dirlo, et sa visite guidée de son supermarché, qui au rayon fromage, me présentera la vache qui rit locale comme « Very Good cheese, like in France » ! je me suis permise d’être.. Sceptique !

*Pépito, le cuistot, qui tout étonné nous voir débarquer dans sa petite cantine, nous initiera à la dégustation de pain indien sur feuille de bananier, croulant sous une tonne de sauce, le tout à déguster seulement avec la main droite ! Technique ! (Bon ok, comme d’habitude, je m’en suis foutu partout !)

*Pépito, le rigolo, qui au beau milieu d’un temple, serein comme tout, nous lancera :
Pépito : « Vous avez quel âge ? »
Nous : « 27 ans »
Pépito : « Vous êtes mariées ? »
Nous : « Non »
Pépito : « Vous venez manger à la maison ce soir ? »
Nous : « Bah non ! »
Mythique !

Ces regards !
Je ne pourrais surtout jamais oublier ces grand yeux noirs. Ceux qui donnent cette impression de plonger au plus profond de toi. Te fixant, avec cette force et cette intensité impossible à décrire. Parfois déstabilisant quand ces hommes se plantent devant toi et ne bougent plus, parfois remplis de curiosité, quand ces femmes vous regardent, n’attendant qu’un signe de notre part, comme une approbation pour dégainer un beau sourire.

Tout doucement.. Et puis bien trop vite ! Ou tout le paradoxe indien !
Capable de te faire poireauter un temps fou pour te servir deux chapatis, ou te donner une information.. Mais complément « secoué » dès qu’il sera derrière un volant ! Sur cette petite route toute étroite, dans ces bus vieux comme le monde, cheveux au vents, une course effrénée contre le temps sera menée ! Tout le monde cherche en permanence à doubler tout le monde ! Dépasser coûte que coûte même si celui qui arrive en face est 4 fois plus gros que toi ! Pourquoi ?! Une faim Fulgurante ? Un pipi pressé ? En fait, je cherche toujours ! Une jeu de zig et de zag affolant et sa symphonie de klaxon ! « Shumi Pépito » ! La seule chose qui le fera ralentir ? Une montée !

Pépito, le pilote de Rickshaw de Madurai.
Essayant de me vendre une pièce de 2€ l’équivalent de 10€. Le tout avec la plus grande conviction de l’escroc !

Ces vaches, les sacrées !
Tranquillement allongées au beau milieu d’une autoroute, la tête dans une poubelle ou encore accroché au panneau stop en train de manger des affiches publicitaire. Ici, tout lui est permis, c’est la reine ! Pas touche !

« Moteur.. ça tourne Pépito ! » Ou la Bollywood passion !
S’y engouffrant lors de ces après midi surchauffés. Quand la vie met en pause, au moment où la moitié de la ville fait la sieste. Dans ces petites salles de quartier, parfois d’un autre temps. 8 affiches différentes placardées sur les murs annonceront UN seul et unique film ! Le spectacle sera tant sur l’écran que dans la salle, les gens se lèvent, chantent et dansent dès que l’occasion se présente ! Une trame, identique pour tous les films : Des bons et des méchants, une histoire d’amour impossible, des combats à en faire pâlir Bruce Lee, de la danse, des chants, une bonne dose de couleur et une fin : « Ils se marièrent et eurent pleins de petits indiens » Bingo ! Ca fait mouche ! Et pas besoin de maitriser l’hindi ou tout autre dialecte pour comprendre, les images suffisent à elles même.. Magique !

Et puis..
Sans oublier ces sourires francs et sincères. Ces passants qui vous proposent mille et une merveilles, vous posent mille et une questions, vous dévisagent en balançant la tête. Ces rencontres d’humain à humain, dépourvues de relations commerciales, de méfiance, de sous entendus ou de jugement de valeur. Toutes ces femmes en sari enfourchant leurs scooters. Ces soudeurs aux lunettes de soleil. Ces interminables voyagent en train / bus (6188 km et 138h de transports), ces enfants des rues qui surgissent de nulle part, avec leurs plus beaux sourires, si fiers de répéter tous les mots en anglais qu’ils connaissent. Ces poignées de mains qui mettent tout ce que les mots auraient voulu dire. Ces couleurs partout et tout le temps qui sans le vouloir ont ce pouvoir d’égayer ta journée…

J’aurais pu en écrire encore et encore tellement ils m’en ont tant donné..
Mais finalement, je me souviendrai de tous ceux qui m’ont offert un regard en passant ou plus longtemps. De tous ceux qui m’ont offert à boire ou à manger, de tous ceux qui m’ont donné à rire et ceux qui ont ri avec moi. De tous ceux qui m’ont offert leur coeur l’espace d’un instant.

Fuir ou rêver d’y revenir..

New Delhi, 30 Mars 2015

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