Carnet de voyage

Cuba 2016

Cuba
Novembre 2016

« Les couleurs sont la musique des yeux » Eugène Delacroix

Le premier pas. Un moment toujours aussi important. Qui souvent donne le ton. L’ambiance dépouillée de l’aéroport et les joies de la douane Cubaine ne dérogeront pas à la règle. Je débarque bel et bien dans un monde parallèle !! Dans ce taxi qui file à vive allure, les premières images défilent à travers les fenêtres grandes ouvertes. Sentir la chaleur tropicale et prendre en accéléré le pouls d’un pays. Emmagasiner tout ce que je peux et ne surtout pas en louper une miette. Pétri de clichés et chargée d’interrogations. Je l’aborde en vieille connaissance. Elle exhale le charme intemporel des villes mythiques. Prononcer son nom suave est déjà un voyage…

La Havane 
« Coeur de charme de Cuba »

Ambiance, évidemment populaire.
Vivre la ville et sentir son coeur battre. Au rythme des balades, s’imprégner de cette chaleur, entre dynamisme latin et indolence tropicale. Ajouter ses couleurs inédites à ma palette. Adossée à la mer des Caraïbes, un incroyable mélange s’opère. Splendeur et délabrement. Décrépitude et beauté éclatante. Tantôt en ruines, tantôt rénovées, maisons coloniales et hôtels austères dominent. L’alternance de façades aux couleurs délavées battues par le vent ou étincelantes et fraichement repeintes, seront une invitation à se laisser perdre. Flâner et accepter de divaguer sans chemins bien déterminés en laissant trainer les pieds. Savoir regarder au delà des rues défoncés. Prêt à capter et ne jamais oublier ces sensations qui ne ressemblent à aucunes autres. Atmosphère unique. Savourer..

Ici, l’art de prendre son temps est maitrisé à la perfection. Pour beaucoup, ça sera sans doute, être à contre temps. Pour eux, simplement vivre le temps. Décors simples, doux et apaisants. On se sent bien. Peu de monde, peu de trafic, des sourires, des accolades. Ponctué de scènes de vies parfois improbables. Ici une mamie arbore un énorme cigare. Là, un homme assez chic lit son journal assis à même le sol. Plus loin, on fait la queue devant une fenêtre bariolée. De drôles de petites cantines improvisées. Aucune chaise, ni de table. Une femme prend commande à travers les barreaux et vous tend celle ci quelques minutes plus tard. Pour de la grande cuisine, reviens plus tard ou va chez la voisine ! Ici, pour accompagner le « Jugos del dia », c’est « Pan de Jamon avec une pointe de Queso » ou la spécialité dont ils sont si fier : Pour eux une Pizza digne de la grande cuisine Italienne, pour moi une pâte à pizza avec son coulis de tomate qui me ferait limite regretter les saveurs indiennes épicées à l’extrême !

Friands d’échanges ! Cuba est joyeux, enchanteur et terriblement accueillant ! Et donne à ce voyage une agréable saveur ! Chaleur omniprésente et climat enivrant. Vie ouverte sur la rue, la musique s’échappe de partout. Les gens parlent fort, très fort. D’un balcon à l’autre, apostrophes, rigolade et joie de vivre sans borne. Vibrante et surpeuplée, entre chaos et vie débordante. Une femme aux bigoudis interpelle une voisine entre deux cordes à linge. Se laisser absorber par cet te aura fiévreuse et bouillonnante.

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Comme partout, comme ailleurs, comme chez moi : La pauvreté..

Elle ne se dressera pas inéluctablement face à toi. En toute discrétion et peu visible, elle est pourtant bel et bien présente. Personne ne manque de l’essentiel. Mais tout le monde manque cruellement et réellement de tout ! Une vie quotidienne un brun difficile. Tout y est rationné. Tout y est comptabilisé. Dans ce « drôle de monde », le carnet de rationnement que l’on pense abandonné depuis des décennies est encore en vie. Dès les premières heures du matin, on aperçoit les files de Cubains patientant pour s’approvisionner des quelques produits accessibles grâce aux carnets qu’ils tiennent en main. Quelques bouts de pains, une ou deux tasses de lait…

Des « semblants » de supermarchés existent bien. Mais une vision, qui malgré les kilomètres avalés depuis quelques années reste : Invraisemblable ! Les vitrines totalement dégarnies des magasins. Les articles se comptent sur le doigt d’une main. Aucun superflu. Aucun inutile. Le vide ! Bousculé. Les marchés qui normalement abondent en permanence de fruits sont ici tout autant dépourvus. Etonnant et déroutant moment. Où nos habitudes de consommateurs occidentaux sont mis à mal..

« Quand mon rayon chocolat Parisien, est plus garni que tout un supermarché Cubain »


Dans les villes, une absence frappante pour tout occidental : Aucune publicité marketing ! La pieuvre Coca-Cola n’a pas (encore) entrepris d’opération tentaculaire. La dernière pub vantant la dernière crème qui vous rappellera votre passé, fera espérer pour le futur et oublier de vivre dans le présent, reste un mirage ! Les seules affiches visibles seront celles de la propagande « Hasta Siempre, Hasta la victoria, Viva Fidel » ! Avec une liberté d’expression en option, les murs parleront pour le peuple. Journal à ciel ouvert, le street art n’a aucune portée esthétique ! Avec le Che en « Guest Star » Il sera à qui veut le voir, la voix de « leur réalité »


« Mais Lulu, dans quel siècle as tu posé les pieds ? »

Dans cet écrasant triple sentiment de Familiarité, étrangeté et irréalité, le temps semble s’être arrêté. Plongeant dans « Bonavista Social Club », le mythe que tu croyais bel et bien passé est ici une réalité. Se succédant sans discontinuer dans ce décors de film, vieilles carrosseries rongées par la rouille ou superbement restaurées, souvent colorées, parfois passées et quelque peu cabossées. Ces vieilles dames ? Elles imposent le respect ! Ah les belles Américaines ou quand le cliché devient partie intégrante de la vie Cubaine ! Astiquer, faire briller et surtout choyer ! Les hommes torse nu sont plongés dans les moteurs ou sous la voiture. Phénomène de mode ? Simplement un héritage ! Majestueux spectacle de guimbardes rafistolées et superbes cabriolets qui ne seront pas éternels ! Alors en voiture « Pépito » !

Agglutinée dans ces bolides d’un autre temps pour un rallye au ralenti, Pétaradantes & fumantes, prends en plein les yeux et plein les poumons ! (Circulation alternée & petit PV ?) Accompagnée d’un grésillant « Chan Chan » et baladée comme lors d’un voyage à dos d’âne. les genoux encastrés dans le tableau de bord, tranquillement installée sur mon siège défoncé, je (re)découvre les joies du metal des vieux ressorts !


C’est pas du 100% ponctualité et parfois il y’a des petits accros sur le trajet
Un chauffeur « Mc Giver » et une bagnole prês du « Game Over » !

« Mi amor, tranquillo ! »

Mais n’est pas Cubain celui qui ne sait rien faire de ses mains !
Dans un système D, Double débrouille & Triple ingéniosité.
Recréer un grand « tout » avec une multitude de « petits rien » est bel et bien dans les gènes du coin !

« Me amor, soy le Mejor ! »
VAMOS ! On est presque arrivé..


Oui, bien calée à bord d’une Chevrolet ou d’une Pontiac. Avec mes quelques « clics » et mes touts petits « clacs ». Dans cette histoire de vadrouille sans itinéraire logique. J’ai croisé ces Cubains, qui à chaque embranchement font du stop bras tendu vers le ciel et billet dans la main. Je me suis égarée dans de toute petite ville pas très jolie, avec leur quartier coloniale passablement défraîchie. Où le Che et Fidel sont comme d’habitude partout ! D’un t-shirt à un livre, d’un mur à la peau, ou simplement sur le coeur, le message est toujours le même ! « La victoire, encore et toujours.. » ! Autour du « parque central » et souvent adossé contre un gros pilier, cireurs de chaussures côtoient marchands de fruits ambulants. Avec leurs marchandises enroulées autour du cou, les « hommes oignons » tournent en rond. Les traditionnelles et interminables files d’attentes se multiplient. Une belle « anarchie totalement organisée » ! Ressemblant à un troupeau de CP surexcités juste avant d’aller en récré, pour s’y retrouver ? Une technique unique et simple : Crier « ULTIMO » à votre arrivée ! La dernière personne lèvera la main, vous passera le témoin ! Pour patienter ? Tu pourras assister à un incessant ballet des « taxis carrioles » ! Qui dans cet ancestral « Métro – Boulot – Dodo » feront office de métro !

Et puis, à bord de ma Dolorean, Marty McFly m’a déposé.
J’ai continué de vadrouiller à pied !

« J’ai zig.. »
Vers le calme & la sérénité.

Charmante et prospère, j’ai atterri à Viñales. Paysage si particulier, où nature et tranquillité s’installent au milieu des mogotes. Avec ce petit air d’Asie filant au dessus des Caraïbes. Ces gros monticules rocheux rappellent les formations karstiques uniques du Vietnam. L’ensemble forme un paysage magnifique de grandes plaines cultivées, plantations de cafés, parsemées de palmiers et bananiers. Ponctué de silhouettes ciselées des buttes de calcaires. Quelques vautours tournoyant dans le ciel à peine nuageux ajoutent encore à la beauté du paysage, et quand le soleil vient à se coucher, étirant les ombres le long des plaines, la vue sur la vallée est absolument éblouissante. Les casas colorées se succèdent, plus éclatantes les unes que les autres. Souvent une petite terrasse de front ornée de deux Rocking chairs ! En soirée, certains habitants s’y balancent sur un air de musique en fond, d’autres rhums à la main refont le monde avec le voisin.

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« Et j’ai zagué.. »
Sur le chemin touristique.. Très touristique… Trop ? De Trinidad !


Bruits de calèches sur les pavés
. Atmosphère décontractée. Animée comme une Petite ville de province. Bien loin de l’ambiance parfois / souvent délabrée de La Havane, avec les chevaux tranquillement « garés » devant ses petites maisons colorées possédant toutes de hautes fenêtres décorées de grillages en fer forgé. Abritant ses scènes de vie caché. Transparent & inexistant, pour celui qui ne prendrait pas le temps. Et pourtant ! Il n’est pas rare de voir dépassé ces petits bouts de pieds. Derrière leurs « Prisons dorées ». Ceux qui sont maintenant trop fatigués assistent bien calés à la représentation de cet incessant ballet du « Clic Clic et puis s’en va ! ».

Et puis, 17h est arrivé..
Les bus bondés d’âmes bien trop pressées ont déserté.
Les vagues du « tout inclus » ont disparu.


Les petits bouts de pieds sont désormais en liberté.
Trinidad se découvre, change de visage et sort de sa torpeur.

Une expression bien plus local. Les places deviennent théâtre. Lumière du crépuscule, les couleurs tombent. Les silhouettes des « Petits pépitos » s’animent. L’heure du goûter a bel et bien sonné ! Une drôle de scène se dresse face à moi. Un moment privilégié. Comme partout à Cuba, les hommes jouent aux dominos en les claquant fortement sur la table. Sous les yeux des curieux et à qui vient l’envie de s’arrêter, Juan, Ernesto, Javier et Alberto rentrent en scène. Les stratégies se dévoilent, ça s’esclaffe, ça chambre et ça va vite.

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La lumière tombe définitivement, l’éclairage public est faible. Quasi inexistant. Des silhouettes rentrent avec hâte dans ses maisons de familles qui semblent éclairer d’une seule et unique ampoule. À l’intérieur meubles et vaisselle d’un autre siècle, peintures passablement défraichies, photos jaunies des ancêtres aux murs… Malgré tout, l’endroit a un certain charme malgré le haut plafond et le mobilier branlant. Et puis, dans la Casa d’Osmany, j’aurais eu (l’honneur ?) de goûter au petit déjeuner leur spécialité : La tartine Mayo / Confiture ! Régalade ?

Comment aurais je pu y échapper ?
Avec mon espagnol encore en rodage : Impossible d’usurper une identité ! Européenne je suis, Européenne je reste ! Dans le fond, un voyage en « terre exotique » ne serait pas complet sans « La Gue-Guerre » !

On n’échappe pas à la règle ! Et les Cubains l’ont bien compris et sont capables de sortir leurs capes de « Super escrocs sans limites » pour proposer leurs services surtaxés digne d’un appel Paris – Mars ! Pas étonnant que le touriste mute en « oie à déplumer » quand on sait qu’à Cuba, un système de double monnaie existe ! La première pour les touristes et aligner sur le taux de l’US Dollar. La seconde pour les Cubains… 25 fois inférieur ! Avec un salaire mensuel avoisinant les 20€. Finalement, c’est de bonne guerre ! Parfois agaçant.. mais contrairement à d’autre jamais trop insistant !

 

Ah oui ! Entre temps, Fidel s’est éclipsé..
Tout le pays s’est mis à pleurer. Cuba, s’est transformé.
Un drôle de moment pour un drôle de voyage !

Île où le temps s’est arrêté.
Société figée.
Âme, unique !

Et accessoirement 330 jours de soleil par an ! 

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