Carnet de voyage

Afrique 2016

Titreafrique

« Un regard, un sourire. Parfois, il faut s’attacher à ces petits moments.
Se pencher, s’arrêter et découvrir un diamant dans une main tendue »

Au bout du coeur. Au bout du regard. Laisse toi surprendre.

Mille rires partagés.
Mille sensations à n’en plus finir.
Mille affaires à dépoussiérer.
Mille aventures à raconter.

Et puis un jour, j’ai découvert l’Afrique.
Tanzanie – Zambie – Zimbabwe – Botswana – Namibie

La tête et le coeur dilatée. Empli de sensations à n’en plus finir.
J’ai des souvenirs purs, j’ai des souvenirs riches. 

Je me suis appelée Lucille, Lulu, Louchillé, Loulou, Stronght woman, little French.
J’ai eu l’Arabic style, sport style et peace style.

La tête dans le ciel et le vent. Le regard vissé vers l’infini. L’infini de ces routes venues d’ailleurs. Pistes ocres et poussiéreuses. Je me suis baladé en duo, en solo, en trio. A dos de moto ou sur mon petit vélo, en pirogue, train et bus sur-bondé. Contre vents et marées. J’ai avancé en laissant les pieds trainer. Et parfois trainé sans trop apprécier. J’ai vu des taxis s’arrêter pour aller prier même si j’étais pressée. Pressé ou les envies incessantes de mon chauffeur « Pisse minute ». L’art et la manière de s’arrêter quinze fois sur 165 km.

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Je me suis fait arnaquer, j’ai donné des pots de vin à des policiers, troqué quelques informations contre un paquet de gâteaux, me suis débarrassée d’un Pépito bien trop collant en échange d’une cannette de coca. On a vu en moi un Dollar sur pattes. J’ai tenté de parler la langue du « clic », me suis mangé des cloques à force de trainer en tongs et me suis pris des sacrées claques !

J’ai tenté pendant 3 jours de prendre un train au Zimbabwe, pour finalement me retrouver dans un bus à 2h du matin, avec comme charmant et très collant voisin, un petit bonhomme me souriant généreusement avec ses deux dents et me serrant la main avec ses trois doigts en moins. Le genre de trajet, où ton chauffeur implore les dieux d’arriver à destination en vie, où un troupeau d’éléphant te coupe la route et où ses passagers te dévisagent comme une bête sauvage, le tout en scrutant ton sac comme la caverne d’Ali Baba ! Palpitant !
(“Hey dis Pépito ! On arrive quand ?“)

J’ai vécu des hospitalités légendaires, et des hostilités dues à ma couleur de peau. J’ai ri aux éclats et été émue. Ici et la, on me désigne, on m’interpelle, on me remarque, on me demande une pièce, on me demande du boulot, mais on ne me menace jamais. Je me suis fait inviter à manger par des inconnus sur le côté de la route. J’ai partagé un bout de pain en six pour que tout le monde ait sa miette, mangé à huit autour d’un bol à même la main même si c’était des spaghettis et des petites lentilles. J’ai eu des amis fervents chrétiens, fervents musulmans, fervents athées. J’ai croisé la caricature du “Bush Man Kéké”, Chemise d’aventurier, briquet autour du cou, chapeau de paille et Marlboro vissée au coin des lèvres. J’ai vu des femmes se promener seins nus, des femmes voilées, demi voilées et totalement voilées. Croisée tous ces petits bergers peuplant la route. J’ai appelé un taxi pour aller à la gare, une charrette et son âne se sont présentés. J’ai dégusté de l’Ugali en Tanzanie, du Kshima en Zambie, du Sadza au Zimbabwe avant de me rendre compte que tous ces plats étaient.. les mêmes !

J’ai osé et me suis laissé guider par la bienveillance et la générosité de ces personnes qui étaient encore des inconnus quelques instants auparavant. Un simple sourire et une connexion immédiate s’établit, les possibles craintes s’estompent, la confiance et les bonnes intentions transpirent. Les rires jaillissent.

♦ Mosh City – Tanzanie ♦
Matinée du Samedi 13 Mars 2016 

Marché1

Pas à pas. De case en case.
Afrique encore ensommeillée, où la douceur matinale et le calme voguent. Soleil pointant doucement le bout de son nez. Lumière chassant l’obscurité. Je peux sortir ma peau blanche dans la rue. Simpleparenthèse calme et silencieuse d’un trip au rythme de la lumière du jour.

Chaleur humaine et énergie positive.
Dynamisme et convivialité immédiatement frappante.

La où le bruit permanent semble avoir été inventé. Indescriptible brouhaha de cris, de rires et entourloupes. Fracas permanent. Dans cet océan de couleurs, de saveurs et de senteurs, quand on ose s’y lancer et les arpenter. Se laisser happer par ses ruelles labyrinthe. La vie ! Découvrir une échoppe cachée qui renferme mille et une merveilles, entrevoir des scènes de vie à travers une porte entrouverte. Tout se presse devant vous, tout se mélange, tout se confond, tout se dresse devant vos yeux. Tout se vend, tout se troque, tout se deale. Ici entre humour et imploration, on vend finalement une partie de sa vie, même en quantité rikiki. Des visages. Ceux des anciens sont marqués, ceux des enfants sont rieurs. Femme en boubou, enfant harnaché, tête vissée d’un coté. Il découvrira le monde à gauche ou à droite.

– Sonorités / Rythmes / Intonations –

Et puis, dans ces fins de journées et ces instants où le soleil décline, dans ce bazar sans nom, ça titube, ça divague, certains regards sont franchement dans le vague. Je passe, je traverse, je file sans doute trop vite pour que toutes les connections se fassent dans certains cerveaux embrumés. Des regards se posent tout de même. Empli de mansuétude. Empli de misère. Empli d’appels ?

La nuit devient bien noire et la route bien vide.
Les bruits de savanes résonnent. Parfum du monde qui me semble sauvage. Etendue immense à sillonner.
Au loin.. On entrevoit l’ombre un brun impressionnante d’un géant. Sommet coincé dans l’étau des nuages. Le Kilimanjaro..

♦ Le Kilimanjaro : “Polé – Polé* ” ♦
(*Doucement en swahili)

Sans pincettes, comme un vieux pote, j’aime l’appeler par son surnom.
Le kili ! Un trek inoubliable. Un trek à ne pas oublier. un trek à raconter.

Sommet de légende. Sommet aux éclats blancs.
La où chaudes forêts s’évanouissent pour laisser place au froid désert de cendres.
On imagine souvent une Afrique brûlante. Une Afrique noire comme du charbon. Une Afrique plate comme une limande.

Et pourtant…

kili3
( 4500 mètres – Voie Machamé)

Lui, le Kili.
Lui, dominant les plaines de Tanzanie et du Kenya.

Pour beaucoup, une grosse galère, pour moi, un cadeau d’anniversaire. Un rêve qui prend enfin forme. J’ai troqué mon petit bout d’Afrique flamboyant et sonore contre un édifice imposant et mystérieux. Accompagnée au son du « Polé – Polé » par ces artisans oubliés, il semble si inaccessible. Moi, simple ouvrière de galère. Eux petites mains du vieux Kili. Porteurs et fondateurs de l’expédition. Gazelles des sommets, qui chargées comme des mules, serpentent sur ses pentes. Sac à dos transformé en « sac à tête », tout est ficelé. Derrière toi, pas, claquements et soudaines vibrations de pierres. Tête en avant et allure « cabossé ». Avec cette charge éreintante qui n’est supportable tout au plus qu’une trentaine de minutes, la technique du marcher vite et s’arrêter souvent prend tout son sens. Dégageant ce souffle et cette sensation de puissance et assurance venue d’ailleurs. La seule alternative est de m’esquiver. Laisser place aux forçats.

porteurs

Tout au long de la journée, tel un rang d’écoliers bien trop agités, on se double et se redouble sans cesse. A intervalle régulier, je les retrouve, eux, leurs « Jambo Jambo Loulou » (Coucou Lulu) ! Petit poste de radio collé à l’oreille, musique un peu grésillante. Inventer nos codes, inventer nos blagues. Et ne jamais les oublier. Je m’en remets à eux. Je leurs remets mes doutes, mes rêves, mes courbatures et mes envies de chocolat. Ils deviendront l’espace d’une semaine, mes porteurs d’espoir. Grâce à eux, au fil des jours ce sommet fuyant et lointain semble enfin se rapprocher. Tous les bruits migrent dans le sens inverse de notre chemin. Le silence devient de plus en plus dense. Une mer de nuage. Une immense Atlantide sans la moindre pollution visuelle. De quoi rendre cette ascension encore plus unique et hors du temps.

Lui, le Kili.

Lui, qui me met le souffle court.
Oui, moi ! la Super Aventurière, la Guerrière, Wonder woman, Lulu l’indestructible !

sommet

00h15 : « Happy Birthday Loulou, Ready to go ? »
Le coeur s’emballe, il est temps ! Accessoirement il n’y a que 1000 mètres de dénivelé, accessoirement, on est déjà à 4900 mètres, accessoirement ça risque de piquer les jambes.. légèrement ! Seule dans la nuit. Seule avec la montagne. C’est terrifiant et exaltant à la fois. Kiwanga, moi et un sous pull, deux pulls, un manteau, deux paires de gants, un collant, deux pantalons, trois paires de chaussettes, deux écharpes, un bonnet. Une défilé de loupiotes zig et zag dans l’obscurité totale. Une longue montée en lacets, un pas suit le prochain, les chaussure de mon guide comme seul et unique point de fixation. L’oxygène semble me fuir. Les pensées embrumées par l’altitude. La vision trouble comme altérée. Le moindre de mes pas devient si difficile, le moindre mot se transforme en paragraphe. Ici, tout semble plus lent, moins certain. Mes poumons crient famine. « S.O.S Lulu en détresse » ! Je titubes. Je m’engourdis. les repères sont malmenés. Les notions de distances et de temps prennent une autre dimension. L’air aux étreintes de plus en plus glacées et rares vous rappelle qu’il n’est plus très loin.

5.8.9.5 ! Les yeux embués..
Splendeur ! Explosion de couleurs chaudes dans cet abîme glacé.
Une Aventure. Celle qui rend tant de choses possibles. Celle qui te fait sentir encore plus vivante.

Vendredi 18 Mars 2016 – 29 ans sur le toit de l’Afrique !
Silence feutré, murmure du vent, paysage lunaire.
5.8.9.5 ! ou l’ascenseur émotionnel !

♦ Parenthèse Namibienne ♦
Aussi sinistre que magnifique

dune

Ici.. j’ai vu des montagnes, des plaines, des vallées, des terres apocalyptiques, des terres boueuses, des terres jaunes, rouges, blanches, dorées. Je suis passée d’un désert de pierres sous 50 degrés, poussiéreux et peuplé d’arbres squelettiques brulés par le soleil pour filer vers un désert de sable et de sel au bord de l’Atlantique venteux et déchaîné. Inhospitalier mais pourtant irrésistible. Beau et à la fois redoutable.

Orages époustouflants, canicules étouffantes, tempêtes de sable totalement déroutantes. Pays plein d’extrêmes, il est dur. Les paysages sont majestueux mais tranchants, parfois désolants mais toujours envoutants. La route n’est qu’une grande ligne droite sur laquelle se dessine des mirages à l’horizon, les dunes au loin et les rares voitures que nous croisons semblent flotter sur des lacs imaginaires. Le summum du.. Rien !

Dans ces souvenirs cuisants, complètement interloquée, ceinturée, scotchée et ébouriffée. J’ai arpenté ces dunes les plus hautes du monde, dans ce désert le plus vieux du monde. La, où l’éclat est un peu écrasé par la lumière. Lumière de plus en plus oblique au fur et à mesure de la journée. Le soleil couchant terminant de les sculpter, donnant naissance à leurs reliefs délicats. Sur ces dunes mobiles, entre deux rangées mutant de l’ocre à l’orange où le chant du sable prend tout son sens. Ponctué par cette immensité et cette splendeur des paysages sans fin.

– Saisissant / Apaisant / Hypnotisant / Envoutant –

♦ Et puis, j’ai repris mon “Train – Train” ♦
De Dar Es Salam à Kapiri Moshi : Retour vers le passé !

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De Dar Es Salam à Kapiri Mochi.
D’un top départ de Tanzanie à une ligne d’arrivée en Zambie.
Je me suis une nouvelle fois infiltré dans cet endroit de passages à la fois anonyme et terriblement humain. Une nouvelle histoire de « Train – Train » synonyme de vie, de commerce, d’échanges, de lenteur, de contact. Une connexion une fois par semaine. Un lien vital

De Dar Es Salam à Kapiri Mochi.
D’un top départ de Tanzanie à une ligne d’arrivée en Zambie.

Un simple voyage en train. Une simple histoire de quai de gare, de wagons bien alignés, de billet composté, d’un embarquement calme et organisé, le tout sans se bousculer et de son petit chef de gare sifflant calmement et ponctuellement le départ d’un doux voyage. Utopique

De Dar Es Salam à Kapiri Mochi.
D’un top départ de Tanzanie à une ligne d’arrivée en Zambie.

Il est l’heure depuis plus de sept heures. L’énorme Klaxon me vrille les oreilles. Ca vibre, tousse, tressaille dans un boucan d’enfer, ça sursaute, ça détale, les enfants entament leurs sprints. Dans ce train chinois sur ses rails Africains. ça tangue de gauche à droite, ça tente d’accélérer plus finalement pourquoi se presser ? 1800 Km. Mardi, Mercredi.. et puis jeudi ! Le temps de s’éloigner de cette ville bouillante et étouffante, de laisser la cohue et le bazar typique d’une grande ville Africaine se dissiper pour des centaines d’arrêts et ses centaines « d’escrocs ». Mais surtout de croiser M’Baya et son fils Mwini. Regard pétillant, porteuse de gentillesse et de douceur. Aucun artifice. M’Baya ou rencontre éphémère. Magie du voyage

M.A.K.A.M.B.A.K.O Station !
First STOOOOOP !

Makambako (1)

Et que le bal de paniers / Seaux / Plateaux commencent !

Le regard fixé par la fenêtre : Où j’entrevois ce petit plateau se mouvant seul, bananes, noix de cajou, de Snikers fondus, poulet bien trop fris et coca bouillant voguent dans l’espace Tanzanien surchauffé.
Le regard se penchant par la fenêtre : Elle est là ! La « Mama » ! Elles sont là ! Les copines équilibristes de « Mama » ! Munies de leurs seaux débordant de kilos de marchandises, Naviguant de wagon en wagon avec ce déhanchement virevoltant, un sourire éclatant, une intonation de voix fracassante et la symphonie du « Cheaper for white people » !

Une panne de locomotive et 69h plus tard..
4h du matin. Nuit noire, gare « trou du cul de la Pampa Zambienne »

A cet instant, je regrette amèrement de ne pas avoir acheté ce couteau coupe gorge proposé deux jours plus tôt par ce vendeur Tanzanien, je rêve d’un café et que « Doudou » et tout ses potes me laissent tranquille ! Oui, dans cette instant de galère, où je dois prendre un bus pour la capitale Zambienne, Lusaka. Le classique troupeau « d’escrocs » surgit en meute, frétillant comme des carpes et pense me faire « payer le prix de ma peau blanche de petite européenne » ! Ca piaille, ça braille et ça veut me faire payer le prix d’un Paris – Marseille en classe Affaire ! Hors de question de céder ! Je m’assois à même le sol, je les regarde en souriant et j’attends.. Une intervention divine ? Un carré du chocolat venu du ciel ? Non.. un rayon de soleil !!
( L’histoire dira que la technique aura été payante.. 🙂 )

Je me suis donné tout le temps de m’égarer.

Deux mois
Mille et une vies

Mwini, Kiwanga, Evarist, M’baya, Tabang
Tanzanien, Zambien, Namibien, Sud Africain

sourire

Et Lulu… 

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